| ffrontements et violences se sont poursuivis dans la nuit de lundi à mardi à Belfast, en Irlande du nord, et se sont même propagés, sporadiquement, à d'autres villes de la province britannique, Bangor, Ballymena, Newtownards. L'armée et la police sont la cible d'attaques du camp protestant et des loyalistes. La cause apparente de cette explosion a été l'interdiction faite aux orangistes de traverser le quartier catholique et républicain de Springfield Road, alors que rituellement l'ordre d'Orange organise de grands défilés célébrant la victoire des troupes du protestant Guillaume d'Orange sur les forces du roi catholique Jacques II. Au-delà du prétexte, Adrian Guelke, professeur de sciences politiques à la Queens University de Belfast analyse une colère qui peut paraître paradoxale, alors qu'elle est tournée contre les forces de l'ordre britanniques. Reg Empey, leader de l'UUP (Ulster unionist party), formation protestante modérée, explique que cette explosion a « des racines profondes ». Lesquelles ? La communauté protestante vit avec l'idée qu'elle est soutenue par le gouvernement britannique, puisque attachée au Royaume. Elle se vit comme essentielle pour maintenir l'Irlande du Nord comme province britannique. Or les derniers mois ont donné le sentiment aux protestants qu'ils étaient abandonnés par Londres. Pour eux, Sinn Fein et l'Ira se résument à l'énorme braquage de la Northern Bank commis en décembre dernier puis à l'assassinat d'un militant catholique, père de deux enfants, Robert Mc Cartney. Le camp protestant le plus amer a espéré qu'après ces faits, Londres écarterait Sinn Fein, le parti républicain et catholique, du processus de paix et de l'autonomie de gouvernement accordée à la province. Or, les protestants ont le sentiment qu'au contraire, Londres fait tout pour maintenir Sinn Fein à bord du train des négociations. Certes, Tony Blair a menacé en disant que ce train pourrait quitter la gare sans eux. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. La décision historique de l'Ira (Armée républicaine irlandaise, bras militaire de Sinn Fein), de complètement désarmer n'a en rien apaisé la donne ? La situation a complètement basculé depuis juillet. Pour comprendre les réactions, il faut revenir à ce qui a précédé le communiqué de l'Ira fin juillet. Sean Kelly, un de ses membres, auteur d'un attentat à la bombe dans un quartier protestant de Belfast en 1993, avait été libéré sous condition en 2000, à la faveur du processus de paix. Puis en juin dernier, il a été remis en prison, pour des raisons de sécurité, parce qu'il aurait renoué avec des activités terroristes, détention appuyée par Peter Hain, ministre chargé de l'Irlande du Nord. Or, l'Ira a exigé sa libération et l'a obtenue pour des raisons politiques, juste avant de publier son communiqué. Il y a énormément de ressentiment dans le camp protestant, qui se sent lâché par Londres, isolé et a le sentiment que les catholiques obtiennent ce qu'ils veulent. Le communiqué de l'Ira est intervenu après les attentats de Londres. Le gouvernement britannique avait besoin d'afficher une victoire sur le terrorisme, il l'a eue en Irlande du Nord. Les Unionistes ont bien compris que Londres était prêt à tout pour maintenir Sinn Fein dans le processus politique. Mais la violence n'est pas tournée vers les catholiques ? Justement, elle est tournée vers les représentants du gouvernement. Dans les quartiers pauvres protestants, le sentiment est que puisque la violence est le moyen de se faire entendre, il faut y recourir, avec cette illusion que cela aura un impact sur l'opinion britannique, qu'il faut attirer l'attention. Le succès du révérend Ian Paisley (le leader du DUP, le parti démocratique unioniste) aux dernières élections est dû à son refus de partager le pouvoir avec Sinn Fein. L'autre ferment profond de la colère est le sentiment d'appauvrissement Or, les quartiers protestants qui se sentent privés de logements, de travail, discriminés, comprennent que ce partage du pouvoir est inéluctable. Ils veulent se faire entendre. Le problème, c'est qu'à Londres, on s'apprête à célébrer la victoire anglaise aux Ashes contre les Australiens (le grand trophée du cricket) et que tout le monde se fiche de ce qui se passe ici. Y a-t-il un espoir d'apaisement ? Les choses sont en train de se tasser, mais l'explosion peut repartir d'un moment à l'autre. Ce qui peut faire bouger les choses, c'est l'accomplissement par l'Ira de sa promesse, le renoncement à la violence et le désarmement. Mais pour le moment, l'Ira a promis mais n'est pas passée à l'action. | Belfast : les protestants s'enflamment  L'armée et la police sont la cible d'attaques depuis samedi. Par Armelle THORAVAL  mercredi 14 septembre 2005 (Liberation - 06:00)  Londres de notre correspondante
|  | | es violences et affrontements se sont poursuivis dans la nuit de lundi à mardi à Belfast, en Irlande du Nord, et se sont propagés dans une moindre ampleur à d'autres villes voisines, l'armée et la police étant la cible des attaques provenant du camp protestant et des loyalistes. L'embrasement des quartiers protestants a démarré samedi, avec l'interdiction faite par la police aux protestants de l'ordre d'Orange de traverser le quartier catholique et républicain de Springfield Road. Les larges défilés rituels des Orangistes, durant l'été, sont l'occasion de réaffirmer leur foi protestante et leur attachement à la couronne britannique, en célébrant la défaite du catholique roi Jacques face au protestant Guillaume d'Orange. Le chef de la police, Hugh Orde, a dit toute sa colère contre les Orangistes et ce mouvement, d'apparence spontanée, mais qui était pour lui «complètement organisé». Bus et voitures brûlés, assaut contre un commissariat, cocktails molotov, tirs, plusieurs dizaines de policiers blessés : une telle violence n'avait pas été vue depuis des années. Et les groupes paramilitaires protestants, l'UDA (Uslter Defence Association) comme l'UVF (Ulster Volunteer Force), ont largement participé aux émeutes. Le changement de route pour un défilé n'a été que le prétexte pour démarrer. «La communauté protestante a espéré qu'après le braquage de la Northern Bank et l'assassinat de Robert Mc Cartney, Londres écarterait Sinn Fein, le parti républicain catholique, du processus de paix», analyse Adrian Guelke, professeur de sciences politiques à Belfast. Exclure Sinn Fein du partage du pouvoir, c'était le principal slogan des protestants «durs» du DUP, le parti du révérend Ian Paisley, lors des dernières élections. Mais, fin juillet, l'IRA faisait une annonce historique : l'armée républicaine irlandaise renonçait définitivement aux armes. Et Londres saluait cet engagement. Le camp protestant ultra, qui refuse de cogérer la province, en a conçu «beaucoup de ressentiment», explique Guelke. Les protestants, se sentant exclus, voudraient se faire entendre à Londres. Où, hier, on ne parlait plus que de cricket et de la victoire de l'Angleterre contre l'Australie.
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